Le concours de danse

Formée au Boston Ballet School, la journaliste Bess Kargman consacre son premier documentaire à un concours prestigieux qui récompense les jeunes talents mondiaux de la danse. Réunissant chaque année trois cent finalistes, le Youth America Grand Prix (YAGP) offre à ses lauréats la possibilité d’un avenirprofessionnel, sous forme de contrats de travail et de bourses d’études.

La réalisatrice a suivi six candidats, âgés de 11 à 17 ans, issus de cinq continents différents. Le film suit leur préparation, les cours avec leurs professeurs, leur quotidien et dévoile les coulisses d’un concours d’envergure mondiale.

La qualité de ces portraits tient au regard que la réalisatrice porte sur les aspirants danseurs. La caméra ne se veut ni sociologique, ni stigmatisante, même en présence d’une mère japonaise surinvestie qui pousse ses deux enfants à se réaliser dans la danse.

Bess Kargman s’intéresse à des histoires personnelles et à des personnalités fortes. Elle a fait sien le postulat selon lequel un bon documentaire tient à de bons personnages. Ses six danseurs manifestent une détermination et une maturité hors du commun.

On retiendra surtout le parcours de Michaela DePrince, 14 ans, orpheline originaire de Sierra Leone, témoin du massacre des siens et adoptée avec une autre fillette par une famille américaine. Atteinte de vitiligo, elle a trouvé dans la danse un moyen d’exorciser un passé douloureux et un rapport à son image compliqué. Sa blessure à la cheville le jour de la compétition introduit un suspense latent dans un film qui refuse ostensiblement les effets dramatiques, en dehors d’une bande son qui aurait gagné à afficher la même sobriété.

Le Concours de danse aurait pu aisément adopter le format d’un programme de télé-réalité et être scénarisé à outrance. De la même manière, il aurait pu s’attacher à des « phénomènes », avec la volonté de les caricaturer. Ce que l’on craint un moment avec Rebecca, une jolie blonde de 17 ans, surnommée « Barbie » par ses camarades de lycée. Loin d’être écervelée, la jeune fille assume avec humour et lucidité son côté girly, comme ses faiblesses.

Il faudrait encore parler de Joan Sebastian, le premier Colombien à être rentré, à l’issue du concours, au Royal Ballet au Royaume-Uni ou encore du jeune Aran Bell, 11 ans, petit bonhomme solaire et concentré, amoureux de Gaya, une autre compétitrice, d’une grâce et d’une intensité incroyables.

Point d’orgue du film, le concours vaut moins pour sa tension que pour le miracle de corps, transcendés par la danse et oublieux sur scène des terribles souffrances qu’ils ont endurées. La réalisatrice n’occulte pas cet aspect. Tordus, déformés, étirés dans tous les sens, les corps occupent l’espace d’un film nomade, malheureusement plus proche du reportage que d’une œuvre de cinéma.

Source : Le Monde



Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :